Avant que tu ne viennes, nous vivions en paix sur la terre de nos ancêtres.
Le Grand Mystérieux avait mis la grande couverture sous nos pieds, les poissons dans la rivière qui coule,
les animaux à plumes et à fourrure dans la forêt, les baies et les herbes parfumées dans la plaine et la montagne.
Tout cela était fait pour nous. Il y avait assez pour tous, et tu étais le bienvenu.

Tu ne voulus d'abord qu'un petit coin de terre, grand comme une peau de bison,
pour faire pousser les légumes de ta soupe.
J'aurais dû me méfier de toi et découvrir à ce moment la fourberie de ton esprit.
J'aurais dû me méfier de celui qui abandonne ses frères et sa femme, qui quitte son paradis rempli de pain, de vin et de mille autres avantages pour venir sur la terre des sans-loi et des sans-honneur se nourrir de morue, matin, midi et soir, jusqu'à ce que, n'en pouvant plus, il daigne mendier un peu du produit de notre chasse pour s'en régaler.

J'aurais dû me méfier des Manteaux-noirs qui dédaignent nos femmes et qui emprisonnent la parole du Grand Esprit dans des livres. Notre Grand Esprit parle par le vent et les arbres, mais l'homme blanc ne sait pas écouter et il n'obéit pas au Grand Esprit. Il se sert du livre selon ses besoins et lui fait dire ce qui fait son affaire.

Tu aurais pu partager avec nous nos chemins et nos vies, nous laisser enseigner à tes fils les secrets de la vie dans les bois. Mais tu as pris le sentier de la pauvreté en voulant posséder pour toi seul des morceaux de la terre des nos ancêtres.
J'ai dit : tout ce que tu peux emporter avec toi, prends-le, je te le donne, mais comment peux-tu imaginer que je puisse vendre la vie des hommes et des animaux? Je ne peux te vendre ce qui ne m'appartient pas et malheur à moi si je vends les ossements de mon père. Malheur à moi si je te laisse couper les cheveux de ma mère!

Tu ne m'as pas écouté.

Tu as planté un piquet et tracé une ligne autour de nous. Tu as affirmé que jamais cette ligne ne serait franchie. Mais il y a longtemps que le piquet a été arraché et que tes Robes-noires nous ont poursuivis, apportant la mort avec leurs simagrées.

Tu as éventré la terre, abattu les arbres, fait exploser les rochers, détourné le chemin des rivières. Partout tu ne laisses que cicatrices.

C'est assez.

Je dis : tous les traités ne légitiment ta présence sur nos terres qu'à tes propres yeux. Mais nos pères les ont signés de bonne foi et leur parole est sacrée.

Je dis : tant que les rivières couleront dans l'océan, nous ne pourrons céder nos droits si cela ne sert qu'à nous anéantir.
Les papiers fanent et les paroles sont emportées par le vent, mais la terre demeure et elle nous a toujours appartenu.
Les esprits de nos ancêtres vivent à Kanehsatake, ne les réveillez pas.

J'ai parlé.



Richard Ste-Marie
Àpropos d'OKA | technique