Les oeuvres d'art
sont-elles trop chères ?Réponse de Jean-François Julien à la chronique de Mars Vos commentaires, exposés dans la chronique de mars 1997, m'ont plutôt surpris. À l'annonce du thème: Les oeuvres d'art sont-elles trop chères ?, j'attendais les arguments si souvent entendus et je préparais déjà une réplique corrosive. Elle ne sera pas nécessaire puisque, ne craignant pas la polémique, vous défendez admirablement mon point de vue à ce sujet.
Il serait puéril de ne pas reconnaître la diversité du monde de l'art et nous devons nous méfier des généralisations mais il semble bien établi, qu'au Québec, le monde de l'art ignore les plus élémentaires lois du monde des affaires. Il n'est donc pas étonnant que mis à part les artistes dits "commerciaux", on compte plutôt sur l'aide gouvernementale pour faire "carrière" au Québec.
Que retiendra l'"Histoire" de ces artistes dont le seul talent est la capacité à rédiger correctement une demande de subvention et dont le seul mérite est d'être bien "pistonné". Sans jamais les nommer, on entend si souvent parler de ces artistes, qui bon an mal an parviennent à s'accaparer une bonne partie des subsides publics. On a parfois l'impression qu'ils font l'envie de leurs détracteurs et on ne doit pas douter que leurs places ne resteraient pas libres longtemps s'ils abandonnaient le château fort.
Et puis d'ailleurs pourquoi leur reprocher ce comportement si humain et qu'une expression anglaise illustre si bien: "Go where the money is !" Abrité du public, de la critique et du besoin l'artiste peut créer...
Je me permets de reprendre ici l'intégrale d'une lettre que j'ai fait publier dans le courrier des lecteurs du journal Le Soleil il y a quelques années en réponse aux galeristes qui se plaignaient à l'époque de l'injuste compétition que leur faisaient subir les encans de charité :
Lettre ouverte aux marchands de tableaux
ou l'opinion d'un amateur d'art.Le marché de l'art se porte mal ? On s'en étonne ? Rien de surprenant pourtant. Un public restreint, la multiplication des artistes et des galeries, une production surabondante, des prix gonflés, des cotes artificielles, un marché secondaire inexistant. Voilà réunis tous les ingrédients pour une déflation vertigineuse. Un ballon trop gonflé, voilà ce qu'est le monde de l'art au Québec.
Je ne ferais pas ici le procès de l'art contemporain mais vous reconnaîtrez qu'il est difficile de persuader un acheteur de dépenser 2000, 5000 ou 10000 dollars en n'utilisant comme argument de vente que des considérations esthétiques. Il est loin le temps des mécènes. Vous devez convaincre le client qu'il en a pour son argent. Travail d'autant plus difficile pour l'artiste contemporain dont le travail ne semble pas toujours justifier la note. Vous avez maintes fois entendu l'argument : " Donnez-moi pinceaux et peinture, je peux en faire autant... et pour moins cher. " Vendre l'art c'est éduquer le client, mais c'est aussi le convaincre.
Il est risible de parler de cote au Québec. Va encore pour certains artistes tels Riopelle, Borduas ou Fortin dont les oeuvres offertes en vente publique en sont garantes. Mais que dire de X qui après quelques années d'apprentissage s'improvise artiste professionnel et établit sa propre cote en envoyant sa liste de prix pour parution dans le guide Vallée ?
Que les artistes aspirent à une carrière internationale à la façon de Picasso, Pollock ou Warhol je le conçois aisément. Mais comment un artiste dont la réputation s'étend à peine aux limites de notre province peut-il prétendre vendre une oeuvre pour plusieurs milliers de dollars ? Québec n'est pas New-York.
Picasso lui-même disait qu'avant de vendre à prix élevés on doit avoir vendu à bon marché. Si vous ne vendez pas c'est que vous accordez, à tort ou à raison, une valeur plus grande à votre bien que celle que lui accorde l'acheteur potentiel. L'art est-il surévalué ? Dans 10 ans je suppose que je pourrais revendre assez facilement un Dali, ou un Miro (s'ils ne sont pas faux) mais trouverais-je preneur pour un X, un Y ou un Z ? Que sera devenu la valeur de mon investissement ?
Lorsque j'entends certains d'entre-vous s'offusquer devant un client qui désire négocier, laisse -moi vous rappeler que tous les grands collectionneurs et tous les grands peintres ont marchandé et que l'histoire de l'art est truffée d'anecdotes en faisant foi. Redescendez de vos piédestaux que diable !
Cesser de voir la source de vos difficultés en quelques encans puérils et anodins. La chute des prix qu 'on y observe reflète peut-être mieux la cote réelle des artistes que les prix pratiqués en galerie.
Un amateur d'art. "
Jean-Francois Julien