L'Internet c'est l'avenir
(en tout cas, ce n'est pas le présent !)
Le 6 janvier 1998, je fêtais
la première année d'existence de mon site
Arts Visuels Actuels.Je ne pouvais pas laisser passer cette occasion sans prendre la parole, surtout après plusieurs mois de silence. Pour faire le bilan, peut-être ? Vérifier si j'ai atteint le but que je me proposais au départ ? Ajuster le tir pour l'avenir ? Pour décider si l'effort en vaut toujours la peine ?
La boutique dans le centre d'achat
J'ai l'habitude de dire à mes étudiants universitaires qu'une page web dans un site web est comme une boutique dans un centre d'achat. À quoi bon avoir la plus magnifique boutique si le centre d'achat où elle se trouve est désert ? Si la plupart des locaux aux alentours sont vacants sinon occupés par des individus vendant de la marchandise douteuse... C'est un peu pour cette raison que j'ai décidé, il y a plus d'un an, de fabriquer moi-même ce <centre d'achat> dans lequel j'installerais mes propre pages web.Pour attirer la clientèle, le site se devait d'être généreux, couvrant l'ensemble des activités de mon domaine. Actualités, création, diffusion, enseignement, projets spéciaux, associations, services. Je me suis mis à la recherche de ce qui existait à ce moment sur le web dans le domaine des arts visuels au Québec. Après plus d'une centaine d'heures de recherche, j'avais un portrait intéressant de la situation et j'avais compilé une liste de liens suffisante pour commencer à dresser un répertoire dans chacun des volets de mon site. Je me dis à ce moment que mes efforts de recherche pourrait être utiles : un internaute cherchant à savoir ce qui se passe en arts visuels au Québec, fut-il de Paris, Los Angeles ou Gaspé, pourrait, en quelques secondes, avoir accès à ma banque de liens et pourrait de cette façon faciliter sa propre recherche. De plus, j'étais sans doute mieux placé pour effectuer cette recherche préparatoire, étant engagé dans le milieu depuis plus de 30 ans.
Je me suis mis au travail à la fin de décembre et le 6 janvier 1997 j'installais ma dizaine de pages sur le serveur (le site compte actuellement 253 pages et 499 images). À l'intérieur du volet création, j'ai installé mes pages personnelles. J'étais conscient que mon site n'était à ce moment qu'un embryon de projet, ou comme dirait San Antonio, l'amorce préliminaire du préambule de l'esquisse d'un début de préface du commencement d'un projet. Tout l'espace dont j'avais besoin sur le serveur (colossus.net) m'était offert par un homme d'affaire et ami pour un an. J'ai donc décidé de profiter au maximum de cette générosité et d'installer sur le web un site riche en information, collant à l'actualité, regroupant le plus grand nombre de rubriques et de pages d'artistes.
Bien sûr, la tâche était gigantesque, je m'en doutais à l'époque. Il fallait d'abord que le site atteigne une dimension assez importante pour créer de l'intérêt. Il fallait que les visiteurs aient de quoi se mettre sous les yeux et que l'information soit mise à jour assez fréquemment pour amorcer une habitude de visite de leur part. J'ai décidé d'offrir gratuitement à tous ceux qui en auraient envie autant de pages qu'ils le voudraient avec la liberté totale de leur contenu. Le site minimum en place, je me suis mis à la recherche de collaborateurs, bien convaincu que mon enthousiasme trouverait des échos partout autour de moi : l'Internet, il y a un an, jouissait d'un intérêt encore grandissant.
On ne se bouscule pas...
J'ai sollicité mes collègues :
"Vous devez bien avoir des choses à dire et ne trouvez pas de débouché pour le faire?" "Auriez-vous envie d'assurer une chronique dans votre domaine une fois par mois, ou par deux mois, voire quatre fois par année?" "Avez-vous des travaux intéressants, écrits ou visuels, de vos étudiants, que je pourrais publier sur le web?"
J'ai sollicité des journalistes :
"Vous avez certainement des articles ou des chroniques qui sont demeurés dans vos tiroirs, qui n'ont pas trouvé de véhicule pour leur publication, qui, sans coller à l'actualité des expositions, demeurent tout de même fort pertinents?"
J'ai sollicité des associations :
"Aimeriez-vous me faire parvenir vos communiqués de presse afin que je les publie sur Internet?" "Voulez-vous faire connaître vos activités, vos buts, vos objectifs?"
J'ai sollicité des artistes :
"Aimeriez-vous disposer d'une page web pour promouvoir votre travail, pour expliquer votre démarche, annoncer vos expositions?"
J'ai sollicité des étudiants :
"Voulez-vous une tribune pour exposer vos travaux, un laboratoire sur le web, pour y faire toutes les expériences que vous souhaitez?"Tout ça gratis et dans tous les cas, bien entendu, j'assurais le support technique. Je m'occupais de la mise en page, de la vérification des textes, des scans, de l'indexation sur le web, des liens, pour ceux qui ne désireraient pas s'astreindre à apprendre la programmation HTML ou à acheter PageMill.
La réponse fut plus que décevante. Mes collègues sont trop occupés, les journalistes trop sollicités ou pas intéressés, les associations se questionnent sur mes mobiles ou m'envoient un communiqué sur cinq, les artistes n'y voient pas d'urgence ou d'intérêt ou ils s'inquiètent de leurs droits d'auteur et j'attends encore, après huit mois, les travaux des étudiants que leur comité a choisis. Seule Sofie Richer, une ex-étudiante, collabore de temps en temps au site. Seuls les artistes Mario Bergeron, Carol Dallaire, Angelo Evelyn, Claude Jirar, Évangéline LeBlanc et Bill Vincent ont accepté mon invitation.
Pas seul à être seul
J'assure donc seul ou à peu près la recherche et la rédaction; la construction et l'entretien du site. J'estime que durant l'année 97, j'ai passé plus de mille heures devant mon ordinateur juste pour ce travail. Je ne me plains pas : j'en tire beaucoup de plaisir et de fierté sinon d'orgueil. Très souvent, cependant, mes autres occupations (j'enseigne et je suis éditeur) m'empêchent de consacrer autant de temps qu'il serait nécessaire. Cela explique pourquoi il n'y a pas eu de chroniques du webmestre pour les mois d'octobre, novembre et décembre. Je comprends, pour la vivre modestement, la situation de Jean-Pierre Cloutier des Chroniques de Cybérie. Et je vois aussi de plus en plus de webmestres essoufflés de mon genre demander <on line> l'aide de collaborateurs.Pas d'aide, pas de commanditaires, pas de subventions.
Comment intéresser des collaborateurs sans les payer ? Comment trouver des commanditaires quand vous ne pourrez pas leur démontrer hors de toute inquiétude qu'ils vendront grâce à vous sur le web ? Comment vendre des pages web à des gens quand vous avez de la difficulté à les leur faire accepter gratis ?
Le Programme d'aide au développement de services et de contenus sur l'inforoute, du ministère de la Culture et des Communications du gouvernement du Québec, a pour but d'apporter un appui au développement de l'autoroute de l'information en visant des résultats tangibles de produits et services destinés à être exploités sur ladite autoroute de l'information. Le programme vise le développement de contenus et d'outils intelligents permettant à la population québécoise de se divertir, de s'éduquer et d'accéder à des produits culturels de source québécoise et en français sur l'autoroute de l'information.C'est exactement ce que je fais. Mais je ne suis pas éligible : les subventions du Fonds de l'autoroute de l'information (FAI) sont réservées, entre autres, aux compagnies, aux sociétés par actions, aux corporations sans but lucratif et aux sociétés en commandite. Ne sont pas admissibles, entre autres, les personnes physiques et les entreprises individuelles. Comme si l'intelligence et l'esprit inventif étaient réservés aux compagnies et aux corporations sans but lucratif du genre de celle qui, pour préparer une demande de subvention de plus de 200,000$, me consultait l'été dernier pour savoir quel sorte d'ordinateur acheter et combien de temps il faudrait à un chômeur pour apprendre le logiciel pertinent.
L'intelligence
Or, ce qui manque sur l'autoroute, c'est l'intelligence. Je constate comme bien d'autres que l'Internet est encore (de plus en plus?) un mega Publisac. On ne manque pas de zozos qui font de l'internet comme ils faisaient il y a quelques années du CB ou des modèles à coller. Ce n'est pas pour rien qu'on assiste à l'arrivée d'Internet 2. On verra sans doute suivre Internet 3 et 4... On ne manque pas de serveurs, de fournisseurs de services, de quincaillerie diverse : modems, lignes téléphoniques rapides, câbles, logiciels, gratuitiels, partagiciels, alléluïa. On manque d'intelligence et d'esprit d'initiative. Et si le gouvernement subventionne ceux qui promettent de réussir pourvu et seulement si on les aide, il néglige ceux qui ont démontré qu'ils en sont capables.L'avenir
Il n'y a pas d'avenir dans le passé, me disait un ami. Mais il n'y aura pas de futur sans le présent. C'est pourquoi je vais rester actif aussi longtemps que possible pour y être encore quand ce futur arrivera.
Car il arrivera, avec ou sans moi.Richard Ste-Marie
Janvier 1998À lire (sur l'Internet) :
Libération multimedia
Interview de Pierre Lévy
Et Vinton Cerf créa l'Internet
Post scriptum (février 98)
Je ne pensais pas attirer tant de sympathie en écrivant cette chronique. Qu'on ne se méprenne pas sur mes intentions cependant : je ne me suis pas vidé le coeur, comme le pensent plusieurs, je n'ai pas de comptes à rendre avec qui que ce soit et je ne suis pas déprimé. Je pense avoir fait, tout au contraire et tout simplement, un constat réaliste de la situation.Certains webmestres se sont reconnu une parenté dans mes propos et m'ont envoyé des messages fraternels. Plusieurs visiteurs fidèles m'ont offert un encouragement, d'autres leurs condoléances. J'aurais mieux aimé qu'on m'offre une chronique. Merci à tous.
ava@ava.qc.ca , ouvert 24h/24
à suivre...
Richard Ste-Marie
Janvier 1998
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Arts Visuels Actuels
(S.V.P. INDIQUER : POUR PUBLICATION)