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3 novembre 2004

L’ère du paradoxe

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Le mythe du 11 septembre
Entendons-nous: les événements du 11 septembre 2001 sont des événements historiques abominables. Pour certaines raisons cependant, j’ai jusqu’à maintenant résisté à la tentation de faire comme de nombreux concitoyens, c’est-à-dire choisir cette date pour diviser avec résignation le monde en Avant le 11 septembre et Après le 11 septembre sans avoir au moins essayé de comprendre d’abord à qui profiterait la création cette borne historique irrévocable. Évidemment, je pense tout de suite à George W. Bush qui dans les jours qui ont suivi les attentats a menacé le monde entier: «Dorénavant, vous êtes avec nous ou contre nous.» (Ajoutant sans doute in petto: «ça vaut aussi pour vous, mes chers électeurs...»)

Je me suis souvent demandé ce qui serait arrivé si les avions avaient pris pour cibles d’autres monuments (dont je vous laisse le choix) ailleurs dans le monde. Quelle aurait été la riposte des autres puissances mondiales? Quel pays aurait-on envahi?

L’aspect spectaculaire de l’écroulement des deux tours tient du fait que la cible était un emblème, que l’attaque a été d’une violence instantanée, diffusée en direct dans le monde entier et que les mortalités ont suivi dans l’heure. Le fait que plus de cent mille civils irakiens soient morts en Irak suite aux représailles américaines durant les dernières années est beaucoup moins spectaculaire (on est encore loin des septante fois sept fois de la bible chère à George W.). Moins impressionnante aussi la perte de plus de onze cents militaires américains (jeunes gens pour la plupart et qui ne sont pas tous de parfaits salauds) envoyés à la mort par leur Président, puisque cette mort a été soigneusement cachée du regard de leurs concitoyens.

Je ne me rappelle pas avoir vu de chiffres précis sur ce qu’a coûté la perte des tours jumelles le 11 septembre. Mais permettez-moi d’être cynique: ce que Halliburton et autres Entreprises Sans Frontières vont facturer pour «reconstruire» ce que George W. a détruit va sans doute rapporter beaucoup plus. Rendement sur investissement. Sans compter l’inévitable augmentation des primes d’assurances, les gadgets de détection installés partout, les gardes surnuméraires, etc. Ah! et puis, pourquoi pas? Profitons-en pour faire voter le Patriot Act. Surveillons la presse. Mettons un frein à l’immigration. Faisons flèche de tout bois. Qui profite du crime?

La démocratie
La démocratie est le gouvernement du peuple par le peuple: le gouvernement, c’est nous. En principe. Cinquante pour cent des voix plus un, c’est la règle. Mais, en pratique, à coup de grands électeurs par ci, de remaniement de carte électorale par là, de gouvernements minoritaires et d’alliances stratégiques post élections, il arrive que le peuple soit gouverné par des gens qu’il n’a pas choisis. Autre paradoxe: en vraie démocratie, le gouvernement n’est ni militaire, ni religieux. Il est civil. Pourquoi diantre alors a-t-on inventé l’expression société civile? Sans doute pour nommer et distinguer ceux qui ont élu des concitoyens en qui ils n’ont plus aucune confiance. Le gouvernement, c’est vous?

Dieu, Allah et le fric
Nos Grands Entrepreneurs Sans Frontières ont décidé que la planète entière serait ouverte à la libre circulation des biens. Les pauvres fabriqueraient des biens que les riches achèteraient, soit dit en passant au même prix qu’à l’époque où ils les fabriquaient eux-mêmes. Depuis une vingtaine d’années, il n’est question que de marché commun, de monnaie commune, de libre échange, d’abolition de barrières tarifaires, d’organisation «mondiale» du commerce et j’en passe. Le cœur du village global bat au rythme de l’efficacité et du rendement en vue du partage de la richesse planétaire (elle est bien bonne!).

L’époque n’a jamais été autant matérialiste. Pourtant:

Dans un monde dominé par la luxure, l’impiété et l’argent, les Serviteurs d’Allah, inspirées par l’homme le plus dangereux de la planète, Oussama Ben Laden (caché dans une grotte en Afghanistan) préparent une attaque contre l’Empire du Mal dirigé par l’infidèle le plus puissant de la Terre, George W. Bush. Au nom d’Allah, les fanatiques religieux précipitent des avions sur les plus hauts symboles financiers de l’Empire du Grand Satan, en direct à la télévision. En riposte, W. Bush réunit son conseil pour la prière quotidienne et part seul (ou à peu près) en croisade contre les forces du Mal, incompris mais non empêché par le reste de la planète qui assiste à sa divine vengeance en direct à la télévision. George envahit l’Irak et capture l’ennemi juré de son père : Saddam Hussein (caché dans une grotte à Bagdad).

Comme scénario, il y a mieux, même à Hollywood. Pas de quoi gagner un Oscar. Dommage (collatéral) pour les cent mille victimes.

© Richard Ste-Marie / 3 novembre 2004

Créez votre propre Bush !

L'attaque du pentagone
selon réseauvoltaire.net